DU COTE DE MA GRAND-MERE MATERNELLE

 

Rappel des alliances

 

 

e cette branche, je n'avais pratiquement aucun renseignement avant la visite de mes parents, puisque je ne remontais qu'à mon arrière-grand-père Célestin Alfred, pour lequel je ne possédais d'ailleurs que des informations très imprécises.

C'est encore un livret militaire qui va permettre de débloquer la recherche :

Livret militaire Cumont Mon arrière-grand-père est né à Mont-Cauvaire le 24 juillet 1862, fils de Célestin Cumont et Espérance PRUNIER. Il habite à Mont-Cauvaire où il exerce la profession de boulanger.

Il est décrit comme un homme de 1 mètre 70, aux cheveux et sourcils blonds, aux yeux bleus ; il a le visage ovale et le front haut, une fossette au menton ; sa bouche est grande.
Jeune appelé de la classe 1882, voici ses états de services au 1er Bataillon d'Artillerie à pied sous le matricule n° 558 :
- Incorporé à compter du 1er septembre 1883;
- Arrivé au Corps le 1er septembre 1883;
- 2e cannonier-servant le 1er septembre 1883;
- 1er cannonier-servant le 28 septembre 1884;
- 2e cannonier-servant le 6 février 1886 (mesure disciplinaire...);
- 2e cannonier-conducteur le 9 octobre 1886;
- Passé au 21e Régiment d'Artillerie le 20 septembre 1887
   (ordre de M. le Général d'Artillerie du 12e Corps)
- Maintenu dans ses foyers le 24 septembre 1887 en attendant
   son passage dans la Réserve;
- Libéré de l'armée active le 1er juillet 1888.

A partir de ces éléments, grâce également à l'aide bénévole de Nicole Reusser  qui m'a envoyé des copies d'actes relevés à la mairie de Mont-Cauvaire, il devient plus facile de remonter cette branche CUMONT.

Château de Rombosc    Le château de Rombosc, à Mont-Cauvaire

 

ertains membres de cette famille et une partie de leurs relations proches travaillaient comme ouvriers aux filatures de Montville, symbole local de cette fameuse "révolution industrielle" qui marqua le 19e siècle :

L'industrie textile est, en effet, très ancienne à Rouen. Au Moyen-Age, on y travaillait déjà la laine, le lin, le chanvre puis, au 18e siècle, le coton. Au 19e siècle, les rivières qui arrosent la région (Robec, Cailly) s'animent de filatures, tissages et teintureries : la concentration dans la ville y fait naître, sur la rive gauche de la Seine, le quartier ouvrier de Saint-Sever.

Voici une description de ce nouveau paysage urbain, dans les yeux d'un enfant de 11 ans en 1827 :


La petite vallée de Manchester

C''était en 1827, c'est sûr. J'en ai pour garant une ardoise au haut d'une maison, ardoise bien et dûment datée. Le mois, le jour, je n'en sais rien ; mais c'était en été, et je puis dire qu'il était environ six heures du matin quand nous partîmes en un petit char à banc, mon père, un de mes camarades et moi. Le camarade avait treize ans, j'en avais onze ; l'air était délicieux, le ciel pur, la campagne constellée de fleurs...

Notre sortie de la ville se fit par le boulevard du Mont-Riboudet...

A Déville, à Maromme, à Bondeville, au Houlme, ce que nous admirions, c'était de voir partout se construire les blanches et hautes filatures, les teintureries, les indienneries : usines, magasins, maisons, maisonnettes sortaient de terre comme les morilles au printemps. Partout étaient à l'oeuvre maçons, charpentiers, menuisiers, serruriers, peintres. Partout circulaient, allaient, hydrauliciens et mécaniciens. Ce mouvement, qui ne faisait que commencer, devait prendre, après 1830, une bien autre activité. Mais le spectacle n'en était que plus nouveau.

Au Houlme déjà, sur le bord de la route, s'étalait, comme un vaste éventail, la filature de M. Levavasseur, avec son écusson et ses armoiries. Michelet, quinze ou seize ans plus tard dira : "Quel est ce magnifique hangar féodal ?"

A Malaunay, même agitation, même élan à bâtir. Ce chapelat d'usines devait aller bientôt, sans interruption, de Rouen à Montville (où nous arriverons tout à l'heure), si bien que la vallée où se réunissent les rivières de Clères et de Cailly fut surnommée petite vallée de Manchester.

A Montville, activité plus grande encore et métamorphose plus rapide. Le Baron de Montville s'était mis à la tête de ce mouvement industriel ; il avait visité les usines anglaises et donnait aux siennes, mieux qu'aucune autre, le cachet britannique. Nous eûmes l'ébahissement de maisons, de bâtiments de toutes sortes couverts en papier, M. de Montville s'étant engoué de ce genre de couverture légère et peu coûteuse.

Ce n'était pas un voyage à quatre lieues de Rouen que nous faisions, c'était un voyage en pays nouveau, en pays imprévu, nous étions en plein Manchester. Ah ! chère vallée, que tu nous parus riche et belle ! Voilà comment, de 1827 à 1835 et même un peu par delà, on vit se bâtir, se peupler, s'animer la petite vallée de Manchester.

Eugène NOEL (1816-1899) - Extrait de "Rouen, Rouennais, Rouenneries" (1894)

 

Filature de Maromme
Plan de construction de la filature de Maromme

 

J'ai quelques doutes sur le fait que monsieur NOEL ait un jour travaillé dans une de ces usines, vu l'image quasi idyllique qu'il voudrait nous faire partager...
Car la pauvreté et l'exploitation de ces ouvriers de filatures est en fait grande : issus pour la plupart du monde paysan, ils s'embauchent dans les usines pour échapper, d'une part, à la misère encore plus grande qui sévit dans les campagnes françaises du 19e siècle ; séduits par les promesses alléchantes de "progrès social" que leur vantent les barons de l'industrie, d'autre part.

Le portrait dressé en 1839 par le docteur Villermé dans son "Tableau de l'état physique et moral des ouvriers dans
les fabriques de coton, de laine et de soie
" est sans doute beaucoup plus proche de la réalité :

"Tandis que la moitié des enfans nés dans la classe des fabricans, négocians et directeurs d’usines, atteindrait sa vingt neuvième année, la moitié des enfans de tisserands et de simples travailleurs des filatures aurait cessé d’exister, on ose à peine le croire, avant l’âge de deux ans accomplis. Il faut attribuer une aussi épouvantable destruction à la misère des parens, surtout des mères qui ne peuvent donner chaque jour le sein à leurs nourrissons que pendant le trop petit nombre d’heures qu’elles passent chez elles.

Les horaires sont épuisans : La longueur de la journée de travail atteint quinze heures et demie pour les adultes (alors que les journées des forçats ne sont que de dix heures). Celle des enfans, de douze à quatorze heures par jour, sans comprendre une heure et demie ou deux heures pour les repas, dès l’âge de huit ans.

Quant aux salaires, les ouvrières gagnent à peine 0,50 F par jour ; les hommes de 1,50 à 2,50 F. Or, on considère qu’il est impossible de faire survivre une famille de trois personnes avec moins de 3 francs par jour..."

 

Pavilly

Montville











                    Filature de Pavilly - 1900                                                  Quartier ouvrier de Montville - 1900

Mon arrière-grand-père, Célestin Alfred CUMONT , se rappelait que les loups le suivaient le soir, hurlant dans les bois, quand vers 8 ans il revenait de l’école en courant. Il se souvenait aussi avoir été ouvrier dès l’âge de 12 ans (avant de devenir boulanger, plus tard) : Il avait la fonction de « ratacheux », c’est à dire qu’il liait les fils entre eux en bout de chaîne. Chaque nœud mal fait lui valait un coup de trique sur les doigts de la part du contremaître…

Le 19 août 1845, une tornade détruisit à Montville et à Malaunay les trois plus importantes filatures, allumant des incendies catastrophiques et faisant de nombreuses victimes : d’une misère à l’autre, il n’y avait qu’un pas …

Mon arrière-grand-père, que ces souffrances de jeunesse avaient rendu philosophe, en avait gardé l’habitude de dire : «Toujours de grandes maladies, mais jamais de petites morts…»

 

 

ésireux de poursuivre plus avant l'histoire de cette branche familiale de Haute-Normandie, c'est en consultant un forum généalogique de la Seine Maritime que j'ai un contact avec Nathalie Nehou  ayant également des CUMONT parmi ses ancêtres, originaires principalement de Fontaine-le-Bourg et de Saint-Georges-sur-Fontaine.

Si l'on étudie de près la carte ci-dessous, on s'aperçoit que ces communes sont à une distance maximum de six kilomètres autour de Mont-Cauvaire, ce qui peut laisser supposer une concordance entre ces deux branches :

Mont Cauvaire

L'ancêtre CUMONT le plus "récent" dans la généalogie de Nathalie remonte à 1740 environ, alors que les miens datent tout au plus de 1800 : il y a donc un demi-siècle à combler, soit 2 générations au minimum, ce qui n'est pas impossible pour établir une relation de cousinage...
Nous aurons ainsi l'occasion de revenir sur cette famille dans un prochain chapitre.

 

 

e tiens à remercier tout particulièrement ici les généalogistes bénévoles qui ont grandement facilité mes recherches évoquées dans ces deux chapitres consacrés à mes grand-parents maternels, par leurs informations ou leurs démarches dans les mairies et Archives départementales :

Ø   Marie Thérèse Patron , pour ses relevés aux A.D. de Troyes ;
Ø   Nicole Reusser , pour ses copies d'actes à la mairie de Mont-Cauvaire ;
Ø   Nathalie Nehou , pour ses précieux renseignements sur sa branche CUMONT

 

 

 

 

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